JDN. Alors que la sortie de la pandémie commence à se profiler et qu’une période cruciale pour votre activité – les vacances d’été – est sur le point de démarrer, où en est BlaBlaCar ? 

Nicolas Brusson est le directeur général et cofondateur de BlaBlaCar. © BlaBlaCar

Nicolas Brusson. Notre activité est en train de repartir, mais il est encore difficile de donner des chiffres car nous sommes plutôt sur la rampe. Sur les deux premières semaines de juin, nous n’étions qu’à 30-40% de nos volumes normaux, mais les semaines à venir seront cruciales. Les réservations pour les deux premières semaines de juillet nous donneront une bonne indication du niveau d’activité auquel nous pourrons nous attendre pour les départs en vacances cet été. Nous n’avons pas encore de visibilité sur ces réservations, car nos utilisateurs ont toujours eu tendance à réserver au dernier moment, et cette tendance s’est accrue depuis le covid. Nous avons toutefois franchi un palier durant le weekend de l’Ascension, avec 150 000 voyages réservés sur BlaBlaCar, nous étions presque sur une dynamique de grèves, avec un taux de remplissage des voitures supérieur à la normale, et donc un manque de conducteurs pour offrir des voyages à tous les passagers qui le souhaitaient.

Avez-vous redémarré la totalité de votre activité de bus ?

Il est beaucoup plus difficile de prévoir la demande sur les bus et donc de déployer le bon nombre de bus sur chaque ligne. Nous avons redémarré les bus BlaBlaCar dans tous les pays où nous opérons mais toutes les lignes n’ont pas encore rouvert, notamment certaines plus saisonnières ainsi que les trajets transfrontaliers. Par ailleurs, les lignes ouvertes n’ont pas encore atteint leur fréquence maximale. Mais tout cela devrait être réglé ces prochaines semaines. D’ailleurs, le réseau de bus que nous proposerons cet été sera le plus gros jamais déployé par BlaBlaCar, avec de nouvelles lignes et davantage de fréquences sur les destinations existantes. Car nous faisons le pari que la reprise des voyages sera forte cet été grâce à l’amélioration de la couverture vaccinale. Nous pensons que cela nous permettra d’accroître notre part de marché, que nous estimions à un peu plus de 50 % durant l’été 2020.

Où en êtes-vous dans la préparation de votre offre de billets de trains ? Votre actionnaire SNCF n’est-il pas fâché que vous veniez concurrencer sa filiale OUI.sncf ?

“Nos employés ont vendu plus de 15 millions de dollars d’actions BlaBlaCar cinq dernières années”

Nous sommes plutôt sur 2022, il s’agit d’un travail à long terme. L’idée est de vendre des billets en France et dans des pays-clés européens en échange d’une commission, pas d’opérer nos propres voyages. La SNCF est devenue notre actionnaire en 2018 en sachant pertinemment que notre plan à long terme était de devenir une plateforme de distribution de voyages. Pour la SNCF, cela ne changera rien à la distribution actuelle des billets de train. Est-ce que les gens qui sont déjà des habitués du train vont soudainement venir les acheter sur BlaBlaCar ? Je ne le crois pas. En revanche, il est possible de proposer à notre public des combinaisons entre la granularité du covoiturage et la vitesse du train, en fonction du type de trajet. Par exemple, un OuiGo Paris-Rennes à un prix agressif est imbattable. Mais si le prix du train est plus élevé, ou que votre départ ou destination finale n’est pas le centre d’une ville mais sa périphérie, le covoiturage peut s’avérer plus rapide et moins cher, le tout sans changement.

BlaBlaCar va commencer à distribuer des actions gratuites à ses salariés, plutôt que les traditionnelles BSCPE. Pourquoi ce changement ?

Nous accordons des actions  à nos salariés depuis la création de BlaBlaCar, sous forme de BSCPE comme la plupart des start-up. Et après presque toutes nos levées de fonds, nous avons permis à nos employés de vendre leurs actions à nos investisseurs en allouant une petite partie du montant de l’opération à ces ventes, plutôt que fournir nous-même l’intégralité du capital à nos investisseurs. Cela a permis à une centaine d’employés de sortir plus de 15 millions de dollars hors taxes ces cinq dernières années. Environ 10% du capital de BlaBlaCar est alloué aux employés.

Mais le problème des BSCPE est qu’elles sont non liquides. C’est-à-dire qu’on ne donne pas directement une action au salarié, mais plutôt un droit d’acheter dans quelques années les actions au prix d’aujourd’hui. Cela veut dire que le salarié doit avoir les moyens d’acheter les actions, et doit décider de les acquérir  immédiatement ou de les abandonner quand il quitte l’entreprise. En pratique, ce sont donc plutôt les directeurs et managers qui les exercent, alors que les employés n’y touchent pas, voire oublient qu’ils en ont. Nous avons donc décidé pour simplifier les choses de donner directement des actions à nos salariés qui ont passé au moins deux ans dans la société. Quant aux salariés qui ont passé au moins quatre ans chez nous et disposent de BPSCE, ils ne seront plus obligés de les exercer en quittant l’entreprise.  

Nicolas Brusson est le cofondateur de BlaBlacar. Avant de lancer la start-up en 2007 avec Frédéric Mazzella et Francis Nappez, il a travaillé cinq ans pour un fonds d’investissement en capital-risque londonien. Auparavant directeur opérationnel, il est devenu directeur général de BlaBlaCar en 2016 à la place de Frédéric Mazzella, désormais président de la start-up.

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