Certains diront que le grand méchant Américain a encore frappé. D’autres se réjouiront de l’exit d’une pépite européenne. Ibanfirst annonce l’arrivée du fonds de private equity américain Marlin Equity Partners à son capital. Basée à Los Angeles, la société de gestion détient un portefeuille de plus de 7,5 milliards de dollars et enregistre 180 acquisitions, dont l’éditeur nantais de logiciel pour e-commerçants Lengow en février dernier. Et maintenant Ibanfirst, puisqu’il détient désormais 51% du capital de la fintech franco-belge spécialisée dans le paiement multidevises pour PME et ETI. La table de capitalisation de la fintech est donc bien chamboulée. Son fondateur, Pierre-Antoine Dusoulier, qui détenait 38% du capital avant l’opération, se retrouve avec “plus de 25%”, sans donner de chiffres précis, et devient le deuxième actionnaire.   

Ses investisseurs historiques, Breega et Serena, et ses business angels sortent à cette occasion. “Nous n’avions plus vocation à être investisseur suite à ce changement de détention et de gouvernance. Ce n’est pas notre format. Il est donc temps pour nous de sortir”, souligne Ben Marrel, managing partner chez Breega. Le fonds français Elaia remet de son côté au pot tandis que Bpifrance et Xavier Niel restent au capital. Pourquoi réduire drastiquement le nombre d’actionnaires ? “C’est difficile de piloter autant d’investisseurs à son capital. Il fallait fusionner. Désormais, nous allons piloter l’entreprise à deux”, confie Pierre-Antoine Dusoulier.

“C’est difficile de piloter autant d’investisseurs à son capital”

L’opération s’élève au total à 200 millions d’euros, dont 50 millions d’euros de dette (ce qui permet de moins se diluer). Le fondateur n’a pas prévu de revendre à court terme ses parts. “Si j’avais voulu vendre mon entreprise, je l’aurais fait”, souligne le CEO. “Nous ferons des LBO successives (leveraged buy-out, ndlr) et peut-être qu’un fonds de private equity nous rachètera ou alors ce sera une IPO dans trois ou quatre ans”, ajoute-t-il. Ibanfirst a d’ailleurs déjà reçu des propositions de rachat, dont celle d’une banque française. Son concurrent anglais, Ebury, a, quant à lui, accepté l’offre de rachat de la banque espagnole Santander pour 400 millions d’euros fin 2019. Cette acquisition n’a, semble-t-il, jamais inquiété Pierre-Antoine Dusoulier. “Ils veulent de la rentabilité maintenant alors que nous voulons de la croissance”, lance-t-il.  

Croissance de 100% du CA

Les 50 millions d’euros de dette vont entièrement servir à faire des acquisitions en Europe. Fin 2019, la start-up a racheté deux concurrents : l’allemand Forefix et le hollandais NBWM. La stratégie d’internationalisation d’Ibanfirst a toujours consisté à acquérir des entreprises plutôt que de créer un bureau et installer des équipes localement. C’est pourquoi l’ouverture d’un bureau à Singapour n’aura finalement pas lieu, bien qu’une structure a déjà été créée. “Nous avons un gros corridor avec la Chine. Même si Singapour est un gros hub en Asie, c’est très loin de la Chine. Sans compter qu’il faut avoir une forte présence là-bas pour se développer, nouer des relations avec les banques locales, etc…”, estime Pierre-Antoine Dusoulier. D’ici 2025, les marchés étrangers génèreront la majorité des revenus de la start-up. A ce jour, la fintech ne communique pas sur son chiffre d’affaires mais revendique une moyenne de 2 milliards d’euros de paiements par mois depuis début 2021, soit une croissance de 100% par rapport à 2020. Ibanfirst assure par ailleurs avoir été rentable en avril dernier mais qu’elle ne le sera pas en 2021.

Les 150 millions d’euros restants serviront notamment à recruter massivement. En 2020, Ibanfirst, qui compte 250 salariés, a notamment ouvert un bureau à Munich et un centre de R&D à Tunis. La start-up continuera aussi à développer son produit. Elle prévoit par exemple de proposer de l’agrégation de comptes internationaux à ses clients. Il est déjà possible d’agréger des comptes bancaires français, belges et allemands. Des projets sur l’initiation de virement sont également en cours mais requièrent en grande partie la fiabilité et stabilité des API mises à disposition par les banques dans le cadre de la directive sur les données de paiement (DSP2). Ce qui n’est toujours pas à l’ordre du jour alors que cette réglementation est entrée en vigueur début 2018. Ibanfirst n’avait alors levé “que” 10 millions d’euros.

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