Bon anniversaire ! C’était il y a un peu plus de cinq ans, déjà. Le 24 mai 2016 entrait en vigueur le RGPD, pour une application deux ans plus tard. Les technocrates qui l’ont pondu nous avaient promis mille merveilles. L’Europe allait devenir un “nouveau continent” du respect des données personnelles pour le bien de l’ensemble de ses citoyens, ce qui allait créer un nouveau pan entier de l’économie, permettre le développement de milliers de start-up, tout en (gnark gnark) boutant hors de nos frontières les méchants Gafa. Un rêve de technocrate vendu à ceux qui voulaient bien y croire. Il y a d’ailleurs un village Potemkine où tout semble aller pour le mieux pour les données personnelles : le 3 Place de Fontenoy dans le chic 7e arrondissement de Paris, le siège de la Cnil. Si cet organisme était lucide, il tirerait le bilan de cinq ans d’échecs de régulation des données personnelles et écrirait ceci dans son bilan annuel :

Les données personnelles des Européens et des Français sont exploitées et raffinées comme cela n’a sans doute jamais été le cas, par des milliers d’entreprises “shadow” situées à Tel Aviv ou à Hong Kong, hauts-lieux de l’impunité numérique. Elles collectent, volent, traitent et revendent les données de chaque citoyen européen. La Cnil n’y peut rien, ces sociétés ne daignent même pas lui répondre. Alors elle met à l’amende Carrefour. Un PDG très en vue, un siège social en France, une marque connue, des activités non délocalisables. Voici la cible idéale pour les courageux serviteurs de la Cnil : un (en réalité) faible qui va payer. Un communiqué de presse où la présidente, Marie-Laure Denis, pourra montrer qu’elle agit. Et préparer la suite de sa carrière. Ailleurs, loin des champs de ruines qu’aura provoqués le RGPD. Contribuable, ton argent n’est pas jeté par les fenêtres à deux pas des Invalides, regarde, on te protège. Propagande, qui ne sert qu’à masquer que seules les entreprises européennes respectent le règlement. Les autres s’en contre-fichent. Même les Gafa pourtant très en vue (leur adresse est dans les Pages Jaunes) n’ont jamais mis en place les recommandations de la Cnil sur la possibilité de refuser tous les cookies en entrant sur un site.

Réguler les Gafa, c’est comme le sexe : ceux qui en parlent le plus…

Regardons d’ailleurs la situation économique des sociétés européennes, catastrophique. En devant s’astreindre à respecter ces règlements abracadabrantesques – les recommandations de la Cnil pour un popin de recueil du consentement font… 14 pages – , elles sont désavantagées de facto par rapport à leurs concurrentes mondiales qui, elles, n’en ont cure. Toutefois, le numérique n’a pas de frontière, qui l’ignore encore ? Dans le numérique, on est soit un conquérant mondial soit une colonie numérique mondiale. Il n’y a pas d’alternative. Mais il ne suffisait pas de permettre (de facto) à d’autres ce qui est interdit à nos entreprises. On les a aussi forcées à embaucher des dizaines (voire des centaines pour les plus grosses) de salariés improductifs. Ces ” pythies du RGPD ” – et leurs centaines de consultants – passent leur temps en réunions stériles pour savoir comment s’adapter à tel point du RGPD, modifier telle phrase dans les conditions générales, ou bien encore s’adapter à l’interprétation de la Cnil. Quelle valeur produisent-ils ? Aucune. Combien coûtent-ils ? Fort cher. Nos entreprises ont donc moins de revenus et plus de charges par rapport à leurs concurrentes mondiales. Les voilà bien embarquées.Qu’en est-il des Gafa ? On pourrait répondre que réguler les Gafa, c’est comme le sexe : ceux qui en parlent le plus en font le moins. Ouvrir la presse française (et européenne d’ailleurs) est déprimant : de sempiternelles interviews de ministres et sous-pachas qui nous clament “il est temps de réguler les Gafa”. Ah bon ? Et que fait-on concrètement ? Rien. Depuis toujours. Les  revenus des Gafa en Europe n’ont jamais été aussi importants, leurs parts de marché aussi élevées. Ils se régalent de notre incurie. Et ce n’est pas terminé. La fin des cookies sera une opportunité gigantesque pour eux. Jusqu’à présent, grâce aux cookies, une petite start-up pouvait tracer les utilisateurs pour mieux les cibler. Coût quasi zéro, implémentation accessible à un étudiant de DUT première année. La suppression des cookies n’empêchera pas les Gafa de cibler les consommateurs. Ils utiliseront de la big data, du calcul temps réel et de l’IA. Coût élevé, fortes barrières à l’entrée, ils seront les seuls à pouvoir se le permettre. Comme ils seront encore plus monopolistiques, ils pourront alors augmenter leurs prix. Et, comble de la pitrerie, c’est la boulangère d’Aubervilliers qui paiera in fine les investissements des Gafa dans les technos post-cookies. Tout comme c’est le consommateur français qui paie les “taxes Gafa”. Qui a été surpris ? Dès 2013, nous écrivions que cela se terminerait ainsi…

Si les USA régulent votre concurrent américain, c’est que vous êtes déjà mort

Qu’eut-il fallu faire ? Peut-être la seule chose qui a fonctionné dans l’histoire de l’industrie. Laisser nos entreprises européennes se développer avant de leur imposer des règlements. En faire des mastodontes mondiaux, nous permettant de conquérir au lieu d’être conquis. C’est ce que font les Américains. Et quand leurs entreprises sont très fortes, ils les régulent et les taxent. C’est le cas en ce moment. Les perdants du numérique en Europe (comme monsieur Jourdain ils sont perdants mais ne l’ont pas compris) s’en délectent en pensant “ça y est, les Gafa vont mordre la poussière”. Ne saisissant pas que, pour les Américains, réguler une entreprise c’est constater qu’elle a écrasé tous ses concurrents et qu’il n’y a plus rien à gagner. Si les USA régulent votre concurrent américain, c’est que vous êtes mort, même si vous ne le savez pas encore. Pour “réguler” les Gafa en Europe il suffisait de laisser se développer des concurrents européens qui leur auraient piqué leurs parts de marché au lieu de tuer dans l’oeuf ces concurrents avec des règlements kafkaïens.

Tiers-monde numérique

Le bilan du RGPD est effrayant. Ceux qui en sont responsables devront rendre des comptes. Evidemment nos bons technocrates ont beau jeu de nous dire “tout va bien”. Gavées de dettes, de subventions, nos entreprises européennes semblent se porter à merveille, vu depuis le village Potemkine de la Cnil. En réalité leurs parts de marché s’effondrent, leurs taux de marge sont deux voire trois fois inférieurs à leurs homologues américains. Il y a 35 ans, la situation était exactement la même entre les entreprises industrielles américaines et leurs équivalentes soviétiques. D’un côté des marges importantes, des produits performants, une conquête mondiale. De l’autre la bureaucratie qui avait écrasé les marges de manœuvre économiques, une inefficacité patente, aucun leadership technologique. On nous dit que l’Europe aussi a produit des licornes. Certes il y en a quelques unes mais la vérité est que la plupart n’arrivent pas à s’exporter sur d’autres continents. Pourquoi ? Car leur “réussite” vient bien souvent de leur exploitation du millefeuille administratif européen qui, n’existant pas ailleurs, ne peut pas être exploité ailleurs.

Le citoyen, lui, a été dupé car on lui a fait croire que les “méchants” étaient les entreprises avides de données. Et qu’il serait protégé par toutes ces règlementations à condition de céder aux sirènes des technocrates. On a entretenu une paranoïa infondée autour des données personnelles : je me fiche bien qu’Air France sache où je vais partir en vacances. Mais on a soigneusement “oublié” de dire en parallèle que le prix à payer de tous ces règlements serait la mort de notre industrie tech et la porte ouverte à l’industrie tech de pays dans lesquels nos lois n’ont aucune portée et qui vont exploiter nos données personnelles. Sans aucun cadre. Les effondrements ne se constatent pas petit à petit mais subitement, un jour. Ce jour-là nous verrons le résultat d’années et d’années de technocratie et d’URSSisation de la tech européenne. Nous serons alors définitivement relégués en destination de vacances et en fabricants de sacs à main. Le tiers-monde numérique. Nous avons perdu.

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