Pour bâtir le nouveau siège du groupe à Nanterre, Vinci Energies s’appuie sur un Building Operating System (BOS). Un choix privilégié par de plus en plus de grands groupes, à l’image de CNP Assurances ou Thalès. Qu’est-ce que le BOS, qui s’affirme comme une brique indispensable du smart building ? “Il s’agit de l’OS du bâtiment, servant à faire le lien entre les hardwares déployés et les applications logicielles pour orchestrer tous les services. Le BOS est unique à chaque bâtiment”, explique Sébastien Coulon, directeur général de l’éditeur de logiciel français Spinalcom, à l’origine du terme. Le BOS incarne ainsi l’outil de gestion des données du bâtiment pour digitaliser les services. Il assure l’interopérabilité entre les solutions en fournissant un référentiel commun, c’est-à-dire un seul chemin d’accès pour récupérer les données, quelles que soient les applications installées.

Si encore peu d’entreprises l’ont adopté, chaque bâtiment “est appelé à l’avenir à se doter d’un BOS”, estime Emmanuel François, président de l’association française Smart Buildings Alliance (SBA). La raison : le BOS “donne une valeur supplémentaire au bâti en fournissant un historique de ses données et un moyen de mieux le valoriser”, assure-t-il. Ses avantages sont multiples. Le BOS permet de contextualiser l’expérience dans un bâtiment, d’en construire un jumeau numérique dynamique et de proposer une plateforme de consolidation des données.

“Le BOS offre le chaînon manquant pour faire le lien entre ce qui existe aujourd’hui dans le bâtiment : d’une part les automatismes et d’autre part les plateformes de services aux occupants”, considère Jean-Pierre Poinsignon, partner chez le promoteur d’une plateforme de smart building Onepoint, qui déploie actuellement un BOS pour quatre bâtiments de clients. Un avis partagé par Alain Despiau, expert en smart building et IoT d’un grand groupe énergétique français, pour qui la valeur du BOS vient à la fois de la création d’un référentiel commun mais aussi de sa simplification de gestion et d’exploitation des systèmes reliés au BOS :  la gestion technique de bâtiment (GTB), la gestion de maintenance assistée par ordinateur pour la surveillance et contrôle des équipements (GMAO) et les outils de digital workplace.

“Le temps de déploiement est propre à chaque bâtiment, en fonction de sa complexité.”

Pour les clients finaux, mettre en place un BOS demande un important travail d’intégration. “Le temps de déploiement est propre à chaque bâtiment, en fonction de sa complexité. Pour l’un de nos clients en Amérique du Nord, l’intégration du BOS et des services associés pour une tour de 110 000 m² va prendre deux ans. Pour nos locaux de 4 000 m² à Nantes, il nous faudra cinq mois”, relate Jean-Pierre Poinsignon, chez Onepoint. Pour le siège de 70 000 m² de Vinci Energies dénommé Archipel, cela a demandé près de deux ans de travail aux côtés de Spinalcom, entre le cahier des charges, la planification des services, le cloisonnement des données et l’intégration avant la livraison du bâtiment pour une exploitation qui aura lieu en septembre 2021. “Le BOS n’offre aucun service visible mais il permet à l’ensemble de fonctionner”, soutient Houda Matta, responsable smart building chez Vinci Energies.

Un coût d’infrastructure de 6 à 15 euros par m²

De son côté, Sébastien Coulon, de Spinalcom, affirme que la difficulté se situe en amont des projets. “L’accroc se fait au niveau de la compréhension. Beaucoup de fournisseurs utilisent ce terme de BOS pour désigner une partie de leur offre, notamment le superviseur des données de la GTB, qui reste une application de visualisation de données et non un OS. Au final, les clients confondent le BOS avec un superviseur et cela amène de la confusion.” Autre élément d’imbroglio : le BOS intègre un jumeau numérique, lui-aussi souvent confondu avec le BIM, qui est la modélisation du bâtiment sous forme de maquettes numériques. La SBA va publier un livre-blanc début juin pour clarifier la technologie.

Concernant l’aspect financier, si pour les clients interrogés le coût d’un BOS reste abordable (entre 6 et 15 euros par mètre carré pour l’infrastructure, induisant un ROI en deux ans, selon Sébastien Coulon), l’outil se révèle particulièrement pertinent pour les sites de grande ampleur dont les services croisent plusieurs sources de data. “En cassant les silos, le BOS permet de réaliser des économies sur les coûts d’achat et de maintenance. Par exemple, de nombreux locataires installent des capteurs IoT pour connaître la température de leurs salles, alors que cette information est disponible dans la GTB, gérée par l’exploitant, ajoute Sébastien Coulon. Chez Onepoint, on évalue jusqu’à 15% d’économies réalisées juste sur l’énergie.”

La tendance est à l’intégration du BOS en local, pour un traitement des données en edge computing. © Spinalcom

Outil logiciel, le BOS est souvent mis en place en France dans un data center situé dans le bâtiment, afin que toutes les données soient traitées en local en edge computing. Une manière de renforcer la sécurité des données. Pour les sites plus petits, le tertiaire, ou le résidentiel, Jean-Pierre Poinsignon recommande une gestion dans le cloud, plus accessible financièrement. C’est le choix pour lequel pense opter Vinci Autoroute pour sa myriade de bâtiments. La plateforme d’innovation du groupe, Leonard, collabore ainsi avec la start-up Infogrid pour “tester sa solution plug and play et en analyser la pertinence avec cette approche cloud”, indique Julien Villalongue, son directeur.

Au final, le BOS est voué à prendre de l’ampleur d’après Emmanuel François, à la tête de la SBA : “Aujourd’hui un architecte livre un bâtiment avec seulement sa GTB. Nous travaillons à un changement de mentalité dans la conception des bâtiments pour que les services digitaux soient pris en compte dès le départ, et cela est rendu possible par le BOS.” Par ailleurs, de nouveaux besoins se font sentir : “La crise a précipité l’essor de nouveaux usages (avec la distanciation physique, la détection de présence, la mesure de la qualité de l’air, etc.) qui nécessitent de reconfigurer les espaces”, constate Yannick Lascaux, directeur solutions et innovation d’iViFlo et dirigeant de la nouvelle filiale dédiée au smart building iViPlay. Et pour garantir l’évolutivité des solutions, le BOS tire son épingle du jeu. “Le BOS garantit d’avoir un bâtiment durable sans changer d’infrastructure si des services viennent à être ajoutés”, précise Stéphane Gagnat, président de la société française Ogga, spécialisée dans les solutions de smart building.

Pour saisir les opportunités à venir, EDF fait partie de ceux qui imaginent dès à présent des offres de services intégrant un BOS. Parmi les services qui vont enrichir le smart building par la suite, la SBA cite l’exemple des bornes de recharge pour les véhicules électriques, qui pourront indiquer au bâtiment quand une place se libère. Et Emmanuel François de conclure : “Il est nécessaire d’avoir des API ouvertes pour les services afin d’ouvrir le bâtiment sur le quartier et sur la smart city.”

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