Cet article a été écrit par Florence Betito, psychologue formée aux TCC. Elle est spécialiste dans l’orientation scolaire et professionnelle.

Le parcours scolaire « made in France » se dessine au fil de choix successifs : En fin de classe de troisième d’abord, la décision doit se faire entre voie professionnelle et voie générale. Puis, lors de la seconde, l’adolescent doit configurer son baccalauréat. Enfin, après une année de répit, un nouveau choix stratégique intervient en classe de terminale, l’orientation de ses études supérieures en vue d’exercer sa future activité professionnelle. 

Quel que soit le « palier de décision » nous retrouvons ces invariants :

L’orientation des élèves se base sur les résultats scolaires et non sur les intérêts et aspirations (Louvet et Duret, 2017)
Les jeunes accordent une place prépondérante à leurs parents dans leur choix d’orientation (Cnesco, 2018). 
L’orientation est inégalitaire à cause de l’accès à l’information et également aux croyances des familles sur leurs possibilités au regard de leur origine sociale, leur lieu d’habitation ou leur sexe (Foka et Werkin, 2020). 

On peut ainsi comprendre l’incertitude que nous retrouvons chez les jeunes et leur famille quand vient le moment de définir le projet d’orientation. 

« Est-ce que je peux poursuivre mes études en Première scientifique avec des résultats scolaires juste dans la moyenne ? »

« Dois-je bifurquer vers la voie professionnelle au regard de mes résultats très irréguliers ? »

« Franchement, je suis démotivée car je ne sais pas quoi choisir, je voudrais travailler dans le domaine artistique mais comment y parvenir ? »

« J’ai eu mon bac avec mention assez bien, du coup je pense m’orienter vers le métier de professeur des écoles, car c’est à ma portée et je suis sûre d’y arriver, qu’en pensez-vous ? »

Si c’est le cas, voici des pistes, inspirées par l’approche des TCC (Thérapies cognitives et comportementales), pour accompagner les jeunes dans l’expression de leur voix pour trouver leur voie. 

Orientation scolaire pour les métiers de demain

En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore (Institut pour le Futur, 2018). Pour le chercheur Thomas Frey, directeur du Da Vinci Institute, 2 milliards d’emplois disparaîtront dans le monde d’ici 2030. 

Par conséquent, le principal challenge des équipes éducatives est de préparer les jeunes pour des métiers inconnus à ce jour. Métiers qui s’appuieront sur des technologies toutes aussi nouvelles. Technologies qui permettront de résoudre des problèmes qui n’ont pas encore été identifiés…

Or les profondes mutations sociétales et le rythme auquel s’opère les changements vont demander à nos enfants de privilégier l’acquisition de qualités professionnelles plutôt que de connaissances.  

« La capacité à acquérir de nouvelles connaissances devient plus précieuse que la connaissance elle-même »

Jean Charles Varlet

Ainsi la créativité, l’autonomie, la curiosité, l’esprit collaboratif, l’esprit critique, l’intelligence collective, l’agilité et la résolution de problèmes complexes seront autant de ressources indispensables pour évoluer dans le futur monde du travail (Varlet, 2018). 

Force est de constater que les résultats scolaires et les capacités cognitives ne sont plus les seuls prédicteurs de la réussite professionnelle de demain. 

Ces faits nous invitent revenir à un principe de réalité et à nous pencher sur des alternatives plus réalistes. 

« La véritable sagesse consiste à ne pas s’écarter de la nature, mais à façonner notre comportement selon ses lois et son modèle »

Sénèque

En définitive, dans ce contexte d’incertitude, notre rôle de parents consisterait à aider nos jeunes à agir par eux-mêmes plutôt que de se laisser guider. 

Autrement dit, passer d’une posture réactive (« je n’y peux rien, je n’y arriverai pas, je suis obligé de m’orienter vers… ») à une posture proactive («je peux examiner les différentes solutions qui s’offrent à moi », «je peux aborder les obstacles de manière différente », « je peux choisir une réponse appropriée etc.) (Covey, 2005).

Faire un bilan avec un psychologue pour l’orientation scolaire 

« Un bilan d’orientation se doit d’être complexe à l’image de la complexité de la personne évaluée »

P.Chartier et K.Terriot

D’une manière générale, les pratiques évaluatives en orientation scolaire et professionnelle s’appuient en premier lieu sur la passation d’une échelle de Wechsler mesurant les capacités cognitives (type WISC-V) complétée par un inventaire des intérêts professionnels (type IRMR-3) ou encore par des épreuves de personnalité (Halimi et Crepel, 2017).

Néanmoins, de nombreuses recherches scientifiques montrent l’intérêt d’articuler l’approche psychométrique « standardisée » à une approche clinique « compréhensive » dans la pratique de l’orientation (Chartier et al, 2018). 

D’une manière concrète cette dernière propose d’intégrer à l’évaluation standard d’autres informations, telles que les traits de personnalité, la capacité de prise de décision, les dimensions conatives (la représentation de soi, l’estime de soi, la motivation à l’action, l’anxiété, l’attachement), le sentiment d’efficacité personnelle (développée par Bandura) etc. 

L’idée est de prendre en compte les différentes facettes du jeune, pour mieux le comprendre et donc l’aider. 

Dans un esprit d’équipe, le jeune et le psychologue posent des hypothèses de travail, choisissent les dimensions qui leur semble utile à explorer et valident ensemble la communication des résultats. 

« L’évaluation n’est pas une fin en soi. Sans compréhension ni adhésion de l’intéressé, l’évaluation reste un acte technique dispendieux et sans conséquence »

Jacques Grégoire

Définir valeurs, directions et objectifs

« Le bonheur n’est pas un objectif, c’est un sous-produit »

Eleanor Roosvelt

Avez-vous remarqué que plus nous nous centrons sur nos peurs et nos appréhensions, plus nous renforçons leur attraction et leur pouvoir. 

Biologiquement, nos désirs et nos peurs sont, codés de la même manière par notre cerveau (Bazin et Doridot, 2015).  

Quatre conseils

Alors, il s’agit d’aider le jeune à :

A repérer les croyances et pensées négatives qui le limitent dans ses choix. Par exemple, « je n’ai pas les notes assez bonnes, je suis trop irrégulier, dans ma famille il n’y a jamais personne qui réussit… » puis les discuter et les remettre en question.
Focaliser son attention sur la direction qu’il souhaiterait prendre. Déterminer ce qui pourrait donner du sens à sa vie, c’est-à-dire : ses valeurs. Laisser la place aux rêves !
L’aider à formuler les étapes et les objectifs. 
Déterminer les obstacles potentiels auxquels il faudrait trouver des solutions créatives. Par exemple, le jeune pense qu’il procrastine trop pour réussir des études de médecine. Pour remédier à la procrastination le jeune s’entrainer aux stratégies d’organisation avec la gestion des priorités. Si le jeune rêve de devenir acteur mais est trop timide pour s’exprimer devant un groupe, la solution pourrait être de faire s’entrainer à cette compétence en faisant du théâtre faire quelques séances de thérapie. Acquérir des compétences nouvelles est d’autant plus motivant lorsqu’on a un objectif !

Liste de questions est à se poser

Elles permettent une réflexion pour déterminer les valeurs (directions), les objectifs, les obstacles et les solutions.

Quels sont les rêves auxquels tu penses avoir renoncé ? (Valeurs)
Que ferais-tu si tu n’avais pas peur de l’échec ? (Obstacles)
Quel est ton plus grand rêve personnel ? Si tu avais une baguette magique ? (Valeurs)
Qu’est-ce qu’on te verrait faire ? (Valeurs)
Que souhaites-tu avoir accompli de ce rêve dans dix ans ? (Objectifs)
Quelles étapes de ce rêve te semble les plus motivantes ? (Objectifs)
Pour vivre ce rêve, à quoi es-tu prêt à renoncer ? (Obstacles)
Qu’est-ce que pourrait t’empêcher d’atteindre ton objectif ? (Obstacles)
Quelles pourraient être les solutions à ces obstacles ? (Compétences à acquérir)

Loin d’être exhaustif, ce partage souhaite avant tout contribuer à ouvrir la voie à une possibilité de dépasser des croyances limitantes. Les notes, les résultats scolaires, et l’intelligence ne sont pas les seuls critères pour définir son avenir. 

Lire aussi: Le stress des écoliers

Si vous avez des difficultés en ce moment. Si vous sentez que malgré des efforts, vous peinez à remonter la pente, n’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Bibliographie

Bazin P, Doridot J. Petit manuel d’auto-coaching : les clés pour prendre sa vie en main. InterEditions. 2015. 

Chartier P, Terriot K, Vrignaud P. L’orientation scolaire et professionnelle : pratiques d’évaluation. Mardaga supérieur. 2018. 

Cnesco.  Comment l’école aide-t-elle les élèves à construire leur orientation ? Dossier de synthèse. 2018.

Covey SR, The 7 habits of highly effective people : powerful lessons in personal change. First Editions. 2005.

Foka S, Werquin P, Choisir ou subir son orientation en fin de classe de troisième : les conséquences sur la performance des élèves de seconde professionnelle. Cereq Echanges. 2020 ; 16 :747-757

Halimi O, Crepel MB. Evaluation scolaire et psychologique : quels liens avec l’orientation ? Le journal des psychologues. 2017/7 ; 349 :51-56. 

Liechti L. L’influence des parents sur le processus d’orientation professionnelle : approche pluridisciplinaire. Institut de recherche et de documentation pédagogique :Document de travail. 2012. 

Louvet E,  Duret Y, Choix d’orientation au lycée, motivation et parcours scolaires : une étude longitudinale. L’orientation scolaire et professionnelle. 2017 ;46/2 

Varlet JC, Quels métiers exerceront nos enfants en 2030 ? Journal du net. 2018.

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